Parce que tu sais ce que c'est, toi, peut-être ? Être seul, parfaitement indépendant, froid, n'avoir besoin de rien ni de personne, sans être important pour rien ni personne et d'un coup... changer. Se faire perturber par un truc qui déboule d'on-ne-sait-où. Se faire emporter par une ivresse idiote et magnifique, avoir envie de hurler très fort et de se taire en même temps, de courir sous la pluie pour tout effacer et de rester là, sans bouger, en attendant que ça se passe. Envie de sourire et de pleurer, de rire et de frapper la première chose ou la première personne que tu trouvera. Parce que toutes tes habitudes, la façon dont tu as toujours vécu a brusquement changé, tout s'est bousculé dans ta tête, dans ton corps, tout ce que tu avais est inconnu pour toi, et tu panique, t'as envie d'en finir, mais de continuer, en même temps. Alors tu serre les dents, et tu lève les yeux. Et tu finis par craquer, tout lâcher, te laisser aller. T'éclate de rire comme un con, tu souris, t'es heureux, pour une fois. Tu ferme les yeux et tu fonce, sans faire gaffe ou tu vas, tant que t'y vas, c'est le principal. Tu change, sans t'en rendre compte, et t'aime ça, au fond de toi, tu le sais. Tu cours toujours plus vite, sans ouvrir les yeux, les poings serrés, sans faire gaffe. Jamais. Tu te marre toujours comme un fou, mais t'en a rien à faire, parce que tu sais. Alors tu continue, encore, encore et encore, t'en as besoin un peu plus chaque jour, ça te fait du bien et ça te fait du mal, t'es content et t'es triste, t'as envie de baiser et de tuer, t'as envie de sourire et de pleurer, de vivre comme jamais et de crever pour ne plus souffrir. Tout ça à la fois. Être dépendant de quelque chose, de quelqu'un, avoir besoinpour la première fois de ta vie. En vouloir toujours, toujours plus. Ressentir cette putain de satisfaction quand tu sens ton c½ur péter un câble et battre comme jamais, ton cerveau perdre les pédales et dérailler complètement pour ne plus fonctionner normalement, et tout partir en sucette. Tu réalise alors que tout le monde pourrait le savoir, découvrir cette nouvelle part de toi, comprendre à quel point tu ne vas pas bien et à quel point tu es heureux, apprendre que t'es plus le même. Que t'es vulnérable et dépendant. Mais tu t'en fous, parce que tu te dis que de toutes façons, ils ne comprendraient pas. Tu peux pas comprendre ça quand tu l'as jamais vécu. Et toi, tu ne l'as jamais vécu. Justement. Alors fais-moi plaisir, et ferme ta gueule.